« [Miyamoto Musashi] considérait le papier blanc comme le grand univers de la non-existence. Un simple coup de pinceau y ferait naître l'existence. Il pouvait évoquer la pluie ou le vent à volonté; mais quoi qu'il dessinât, son cœur subsisterait à jamais dans le tableau. Si son cœur était corrompu, le tableau serait corrompu; si son cœur était agité, le tableau le serait aussi. S'il essayait de faire étalage de son adresse, impossible de le cacher. Le corps humain s'efface, mais l'encre survit. L'image de son cœur survivrait après que lui-même aurait disparu.
« Il se rendit compte que ses pensées le retenaient. Il était sur le point d'entrer dans le monde de la non-existence, de laisser son cœur parler seul, indépendamment de son ego, libéré de la touche personnelle de sa main. Il essayait d'être vide, attendant l'état sublime où son cœur s'exprimerait à l'unisson de l'univers. »
— Extrait de
La parfaite lumière
(suite de La pierre et le sabre)
YOSHIKAWA, Eiji
Éditions Balland, 1983
« Mais lorsque nous demandons : qui suis-je ?, nous interrogeons ce centre de référence, nous interrogeons celui qui interroge, et de toute évidence ce qui est en question ne peut donner une réponse. Dans cet espace de recherche la mémoire n’a aucun rôle car qu’y a-t-il à comparer au « je » ou à la vie ? Nous ne pouvons sortir de cela, nous sommes cela. Alors nous sommes amenés à un arrêt, et nulle part où aller. Nous ne savons plus. Il est possible de passer une vie entière, planant là aux frontières du concept, où Kant s’est trouvé. Mais là où pour le philosophe la recherche se termine, pour celui qui cherche la vérité ce n’est que le commencement. Car c’est le moment où l’on passe de la recherche spirituelle mue par un pressentiment de la réponse à ce que l’on pourrait appeler la quête sacrée qui est la réponse. »
« Pourquoi évitons-nous l’appel de l’interrogation ? Pourquoi évitons-nous de découvrir ce que nous sommes ? En grande partie à cause du sentiment profond qu’interroger sincèrement signifie la mort de quelque chose auquel nous nous accrochons, ce quelque chose étant l’idée que nous avons de nous-mêmes, la personnalité, l’ego, et tout ce qui va avec. Mais nous hésitons également parce que nous ne savons pas comment poser la question, nous la sentons là mais ne savons pas comment l’approcher, nous la sentons trop vaste pour nous, nous en avons peur. »
— Extrait de
l'avant-propos de Emma Edwards
Qui suis-je ? – La quête sacrée
KLEIN, Jean
Albin Michel, 1989
« Douter de tout et de soi-même sans perdre la passion... Voilà le grand défi. »
« J'ai fait le tour d'un nid de fourmis. Mon ami, qui me suivait, l'écrasa en riant. Mais il ne fume pas. »
« Tous sont d'accord : il n'y a rien de meilleur qu'une bonne cigarette après le repas ou après l'amour. Mais le vrai fumeur sait que c'est aussi bon avant et pendant qu'après. »
« Ce n'est pas parce qu'on a peur des chiens qu'ils sont dangereux. »
« Il faut savoir se taire... surtout quand l'autre n'a rien à dire. »
« Avant la naissance et après la mort, c'est pareil : on ne sent rien. C'est entre les deux que ça fait mal. »
« C'est vrai qu'il faut casser des oeufs pour faire une omelette. Mais il faut se méfier de ceux qui ne se nourrissent que d'omelettes. »
« Il faut être bien vaniteux pour croire en la vie éternelle. Il faut être bien arrogant pour n'y croire que pour les humains. »
« Je n'ai pas vérifié de près mais il me semble que les aveugles ne sont pas racistes. »
« Quelqu'un ne savait pas que cela était impossible. Il le fit. »
« J'aime qu'on m'aime comme j'aime quand j'aime. »
« Si je ne rêvais pas tant, je ne rêverais pas assez. »
— Extraits de
Bourgault doux-amer
BOURGAULT, Pierre
Stanké, 1992
« Avec grande délicatesse
ma langue n'a pu se retenir
de goûter plus bas ta peau si douce
voyageant au sommet
repoussant patiemment
aidée de mes lèvres
cette fine partie d'épiderme
qui abrite la cime
« Oh...
l'entreprise se facilite
en se gonflant peu à peu
en se réchauffant du sang qui afflue
la peau se tend d'elle-même
s'étire
et laisse voir
ce que ma bouche
cherchait à découvrir »
— Extrait de
Un moment d'éternité – Conte
POCKLINGTON, Myra
Octobre 2000
« Ayant dit ces paroles, il allait s'étendre immédiatement, mais alors il sentit une bonne chaleur peser sur son âme. Il baissa les yeux et vit la Main d'un Fils de Chef qui pendait autour de son cou, sur sa poitrine, avec chaque griffe d'ivoire recourbée, là, la fourrure soyeuse contre la flanelle rouge vif. Un tel bonheur éclata en lui, alors qu'il dut faire à nouveau le tour complet du cercle pour tout revoir, une dernière fois, du monde ineffable qui lui avait jadis été légué. Puis il allait se coucher, et s'aperçut qu'il n'avait pas de peau de bison ni même de couverture à étendre sur le sable. Il arriverait nu au Monde de l'Herbe Verte. Eh bien! ils auraient une occasion immédiate de ressentir du bonheur en lui manifestant leur bonté. Alors il se coucha sur le sable, avec sa tête vers le nord. Il faisait très froid. Il roula sur son côté gauche, remonta les genoux contre les griffes jaunes. Tout était si calme qu'il entendait les grains de sable murmurer entre eux en s'approchant. Il regarda longuement le monde minuscule qui venait vers lui et il crut un instant qu'il allait voir, enfin... mais ce qu'il vit fut l'épaule du Soleil sur le rebord de la Terre, il ferma les yeux.
« Il sentit le sable granulaire et la neige qui s'y joignait couler ensemble, contre lui et sur lui, en ruisseaux délicats, recouvrir de poudre fine les fissures de ses lèvres et de ses yeux, s'infiltrer entre les plis de son visage et de ses cheveux, de ses mains, de ses jambes; s'arrondir peu à peu au-dessus de lui, jusqu'à ce qu'il y eût un tertre minuscule sur la colline de sable presque imperceptible sur le plat horizon. Lentement, lentement, tout se métamorphosa graduellement et indistinctement, lui sembla-t-il, en roc, éternel, immuable. »
— Extrait de
Les tentations de Gros-Ours
WIEBE, Rudy
Collection des deux solitudes, 1983
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